Un état de nos lieux par Paul-Armand Gette
Paul-Armand Gette, De part et d’autre du fleuve. La pérennité du volcanisme rhénan, 1989-1992
Installation – MAMCS
Face à face. Face à nous, une installation. Au sein de l’installation, chaque élément semble répondre à un autre dans un rapport dualiste évident. Cette symétrie nous invite à faire communiquer les différents espaces de ce dispositif, alors qu’on ressent déjà un tiraillement entre unité spatiale et zone limitrophe.
Face à quoi, concrètement ? Un bac quadrangulaire en bois, pas moins vulgaire qu’un bac à sable récréatif, rempli de galets terreux, derrière lequel se tient une vitrine contenant un moniteur vidéo. Pause ludique qui rappelle les vacances, si l’on oublie qu’il ne s’agit pas de sable blanc, mais d’alluvions rhénanes, que le film ne nous donne à voir qu’une image terne du reflux des eaux du Rhin, et surtout, que nous sommes dans une salle d’exposition froide et asceptisée.
On trouve sur les étages supérieurs de cette colonne vitrée des fragments de roche en provenance des montagnes de chaque côté de la frontière. Hétérogènes dans leur forme, leur couleur et leur grain, mais disposés dans une harmonie scientifique, ces minerais sont dignes d’une collection de musée d’Histoire naturelle. On cherche d’ailleurs le cartel qui va nous apprendre de quel type de préciosité il s’agit, jusqu’à ce qu’on s’aperçoive qu’il n’y a sur ces présentoirs qu’une brève succession de cailloux bien de chez nous. En effet, il n’est pas question pour l’artiste de nous communiquer son savoir géologique. On sent néanmoins que la confrontation calculée de ces extraits minéraux doit faire sens.
Les autres éléments de cette installation confirment cette sensation : on retrouve un mètre plus loin deux blocs rocheux plus conséquents, chacun isolé sur un socle gris anormalement haut. Un à notre droite, un à notre gauche. Le schéma se répète pour les deux photographies accrochées au fond. A droite, une vue du lieu de prélèvement de la roche précédemment exposée sur le socle droit (le Limberg en Forêt-Noire, côté allemand), à gauche, un paysage vosgien du Mont Sainte-Odile pour le côté français. On l’aura compris, l’installation nous place entre les deux rives du Rhin, mais cette conclusion imagée n’est pas franchement assumée. Précisons que leur format type carte postale et leur disposition très basse sur le mur ne nous permet de les découvrir que si l’on s’aventure jusqu’au bout de ce parcours.
Comme les étapes d’un repérage avant prélèvement d’échantillons, on progresse dans cette installation rythmée par l’alternance d’une présentation totémique (la vitrine, les socles) et d’éléments rasants le sol (le bac, les photographies), à la différence que le choix est déjà sous nos yeux. Paul-Armand Gette nous devance, nous ouvre les yeux par son regard artistique qui interdit toute remise en question de ses décisions formelles.
Pourtant, lorsqu’on découvre le titre de l’oeuvre, si on est bien en phase avec un « de part et d’autre » – il y a effectivement deux forces opposées – on perd nos moyens quant à la signification de la « pérennité du volcanisme rhénan ». S’agit-il du volcanisme symbole d’une force destructrice imprévisible, par extension d’une tension franco-allemande qui se réveillerait en fonction du climat socio-politique ? L’installation serait alors témoin d’une zone frontalière qui oppose deux territoires distincts. Mais peut-être a-t-on plutôt à faire à la mise en évidence, du point de vue géologique, d’un territoire qui partage ses racines volcaniques fertiles ? C’est là que la documentation relative à cette oeuvre, qui semble confirmer la deuxième proposition, nous apporte un éclairage sans équivoque. On se demande tout de même si une oeuvre d’art ne devrait pas être un tant soit peu didactique. Sans faire une démonstration de communication visuelle, l’artiste n’aurait-il pas dû, le long de cette promenade fictive au sein de notre région, nous mettre sur la voie ?
Elise Gessier